Labels bio et cultures végétales : quelles exigences supplémentaires pour Bio Cohérence ?

Quand on parle de labels bio ou produits bio en France, on pense souvent au logo AB, ce petit sigle vert bien connu. Depuis 2009, ce label AB est devenu facultatif car il repose sur le même cahier des charges que le label bio européen, reconnaissable à ses étoiles en forme de feuille. Autrement dit, que l’on voie l’un ou l’autre sur un emballage, ils garantissent aujourd’hui les mêmes exigences en matière d’agriculture biologique.

Ce socle commun, défini par la réglementation européenne, fixe un cadre clair et solide pour produire en respectant les équilibres naturels, limiter les intrants chimiques et préserver les ressources. Mais dans un contexte où les attentes sociétales évoluent, certains acteurs souhaitent aller encore plus loin.
C’est dans cet esprit qu’est né le label Bio Cohérence : une initiative portée dès le départ par un collectif engagé de producteurs bio, d’artisans, de transformateurs, de magasins bio et de consommateurs.

L’objectif ? Proposer une agriculture bio locale, écologique et exigeante, à la fois sur le plan environnemental, social et économique. Son cahier des charges complète donc celui de l’agriculture biologique européenne, en intégrant des critères supplémentaires en matière d’origine, de traçabilité, de cohérence écologique et d’ancrage local.

Découvrez ci-dessous le comparatif, les points communs et les différences entre les labels bio concernant les productions végétales.

 

1. Contamination et conversion des terres

En cas de contamination par des substances non autorisées en bio, la réglementation européenne prévoit la possibilité de prolonger la période de conversion. Bio Cohérence reprend cette disposition, mais la décision relève du comité de marque, qui peut demander une conversion prolongée avant l’attribution du label.

 

2. Antécédents culturaux et OGM

Ce point n’est pas mentionné dans la réglementation européenne. Bio Cohérence exige une vérification de l’absence de cultures OGM sur les trois années précédant la reprise de nouvelles terres arables.

 

3. OGM, sélection et multiplication des semences

La réglementation européenne interdit les semences OGM.
Bio Cohérence interdit non seulement les semences OGM, mais également les semences issues de CMS (Cytoplasmic Male Sterility) et la fusion protoplasmique. De plus, Bio Cohérence demande au fournisseur une analyse garantissant l’absence d’OGM dans les semences non bio de colza, lin, maïs, riz et soja.
Le cahier des charges bio européen considère qu’un produit est OGM lorsqu’il contient 0,9 % ou plus de traces d’OGM. Le label Bio Cohérence applique des seuils beaucoup plus stricts : 0,01 % pour les matières premières, et 0,1 % pour les produits transformés.

 

4. Chauffage des serres

La réglementation bio européenne autorise le chauffage des serres à condition de respecter les cycles naturels. Bio Cohérence est plus strict et l’interdit, à l’exception de la production et de l’élevage de plants.

 

5. Désherbage ou désinfection à la vapeur

La réglementation bio européenne permet l’usage de la vapeur en plein champ sans limitation. Bio Cohérence encadre cette pratique en la limitant à une utilisation tous les trois ans.

 

6. Fertilisation azotée

Dans les deux référentiels, la fertilisation issue d’effluents animaux est limitée à 170 kg d’azote par hectare et par an. Toutefois, Bio Cohérence étend cette limite à toutes les sources externes d’azote, avec un calcul par parcelle, tandis que le règlement européen applique la règle en moyenne sur la partie bio de l’exploitation.

 

7. Fertirrigation et engrais minéraux

La réglementation bio européenne autorise certains engrais minéraux faiblement solubles. Bio Cohérence interdit tous les engrais minéraux azotés et proscrit la fertirrigation à l’exception des oligo-éléments et extraits de plantes ou d’algues.

 

8. Engrais verts et rotation

La rotation pluriannuelle avec des légumineuses est obligatoire dans les deux cahiers des charges. Bio Cohérence va plus loin en exigeant l’introduction d’un engrais vert au moins une fois tous les trois ans pour les cultures sous abri.

 

9. Engrais à base d’oligo-éléments

Ce point n’est pas précisé dans la réglementation bio européenne. Le cahier des charges Bio Cohérence recommande d’utiliser les engrais à base d’oligo-éléments uniquement en cas de besoin avéré, diagnostiqué par analyses de sol ou de plante, ou à partir de symptômes visibles de carence.

 

10. Engrais potassiques minéraux

Aucune limite spécifique n’est fixée par la réglementation bio européenne. Bio Cohérence recommande de ne pas dépasser 150 kg de potasse par hectare et par culture. Au-delà de ce seuil, des analyses de terre sont préconisées pour ajuster les apports.

 

11. Engrais phosphorés

Comme pour les engrais ci-dessus, la réglementation bio européenne ne fixe pas de règles spécifiques sur les apports en phosphore. En revanche, Bio Cohérence recommande de limiter les apports en P₂O₅ (phosphate) et d’appuyer ces pratiques sur des analyses de sol, afin de s’assurer qu’ils répondent aux besoins réels des cultures sans excès.

12. Origine des matières fertilisantes

Le règlement bio européen ne restreint pas l’origine géographique. Bio Cohérence interdit quant à lui les fertilisants fabriqués hors de l’Union européenne.

 

13. Effluents d’élevages non bio

Le label Bio européen exclut les effluents issus d’élevages industriels (type caillebotis, cages de grande capacité). Bio Cohérence recommande en plus l’usage exclusif d’effluents provenant d’animaux non traités aux antibiotiques, élevés sur pâturage ou en plein air et n’ayant pas consommé d’OGM. La labellisation Bio Cohérence rend obligatoire le compostage de ces effluents avant leur utilisation.

 

14. Produits utilisables comme engrais ou amendements

Une liste restreinte de produits est autorisée en agriculture biologique, avec des conditions d’usage spécifiques. En complément, Bio Cohérence applique des restrictions supplémentaires : il interdit l’utilisation de matériaux comme la chaux résiduaire, le chlorure de sodium (sauf exception en préparation naturelle sur la ferme), le compost de déchets ménagers, le lithotamne, le maërl, le phosphate aluminocalcique, le sel brut de potasse, la tourbe et la xylite.
Le label Bio Cohérence déconseille également le recours aux digestats de méthaniseur, au biochar, au guano ainsi qu’aux farines animales (de viande, de sang ou de poisson).

 

15. Tourbe dans les substrats

Bien que ce point ne figure pas dans la réglementation bio européenne, le cahier des charges exigeant de Bio Cohérence fixe des seuils précis : maximum 75 % pour les substrats de plants (réduit à 60 % dès 2027), 0 % pour les substrats en pleine terre. Le cahier des charges du label recommande de réduire l’usage global de tourbe, notamment en optant pour de plus petits contenants et des fournisseurs responsables.

 

16. Protection des plantes

Une liste restreinte de produits est autorisée dans les deux cas, avec des règles d’usage spécifiques. Bio Cohérence recommande en plus d’éviter le recours au spinosad, un insecticide bio controversé.

 

 

Le label bio européen et donc le label AB en France, représente une avancée majeure pour une agriculture plus saine et plus durable. Depuis 2009, ils partagent les mêmes bases réglementaires, ce qui permet une reconnaissance à l’échelle européenne et une meilleure lisibilité des labels bio pour les consommateurs.

Bio Cohérence, lui, s’inscrit dans une démarche complémentaire, un label 100% bio et 100% français. Il ne remet pas en cause les fondamentaux du bio, mais pousse plus loin certains critères et ses engagements pour renforcer la cohérence agroécologique, limiter les dérives industrielles et favoriser les circuits courts et la relocalisation.

 

➡ Retrouvez ici le cahier des charges et le comparatif complet des labels bio

 

Tomate producteur biologique. Labels bio